À la sortie du parking souterrain Indigo Gare de Rouen, mon app de frais kilométriques a dessiné un zigzag sale sur l’écran. J’ai dû reprendre le départ avant de valider. J’avais lancé le test pendant 4 semaines, pour éviter la reconstitution manuelle des kilomètres le vendredi soir. Le moteur tournait encore, le téléphone vibrait dans ma main, et j’ai compris dès ce premier trajet que je n’allais pas pouvoir la laisser travailler sans contrôle.
J’ai commencé avec mon agenda, mon compteur et beaucoup de doutes
Dans mon activité de consultant indépendant en gestion et optimisation d’activités pour artisans et commerçants, en région rouennaise, j’accompagne depuis 2010 une cinquantaine de clients par an. J’ai voulu tester l’app sur mes vrais déplacements, pas sur un trajet sage autour du pâté de maisons.
J’ai gardé mes rendez-vous en ville dense. Les départs depuis un sous-sol, le passage devant un immeuble de l’avenue Jacques-Chastellain où le signal accroche mal, et les arrêts de 4 minutes entre deux visites m’ont servi de terrain de test. En 20 ans de pratique, j’ai appris qu’un outil se juge quand le GPS décroche, pas quand tout roule.
Depuis ma Licence en gestion des PME, obtenue à l’Université de Rouen en 2003, j’ai gardé le réflexe de recouper les traces avant de valider un chiffre. Avant ce test, j’utilisais mon agenda papier, un compteur kilométrique, les relevés bancaires et des notes griffonnées entre deux rendez-vous, par moments sur le coin d’un dossier. Le vendredi soir, je relisais plusieurs fois trois fois la même ligne parce que je ne savais plus si j’avais noté le déplacement de l’après-midi ou celui du matin. J’ai voulu voir si l’app pouvait me sortir de ce bricolage.
J’ai vérifié trois choses très concrètes pendant ces 4 semaines : la fiabilité de la saisie automatique, le temps perdu ou gagné dans les corrections, et le comportement de l’app dans les zones qui décrochent. J’ai aussi posé une hypothèse simple, presque brutale : l’outil ne vaut quelque chose que si je coupe la capture aux bons endroits. J’étais franchement méfiant. Je voulais aussi voir si le barème kilométrique restait lisible sans que je ressorte mon tableau à chaque trajet.
Un mercredi matin, après avoir déposé mes deux enfants adolescents au lycée, j’ai pris la route avec le café encore chaud et deux arrêts très courts dans la foulée. J’ai vu tout de suite que ces pauses de 4 minutes brouillaient la détection, parce que l’app hésitait entre halte réelle et reprise de trajet. J’ai noté ça dans mon carnet, puis j’ai continué sans changer ma façon de bouger. Je voulais mesurer l’usage réel, pas un cas propre.
Pendant quatre semaines, j’ai chronométré chaque correction
J’ai pris 47 minutes pour régler l’app au départ, avec mon véhicule renseigné, mes catégories de trajet et le format d’export. J’ai gardé le barème kilométrique sous la main, puis j’ai vérifié l’alignement avec une note de méthode de la CCI Rouen Normandie sur l’archivage des justificatifs. Pendant les 11 premiers jours, je n’ai pas cherché à changer mes habitudes. Je me suis contenté d’utiliser l’outil tel qu’il était prévu.
Le soir même, j’ai contrôlé les trajets au lieu d’attendre la fin du mois, et j’ai compté chaque correction. J’ai noté 14 retouches la première semaine, 9 la deuxième, 5 la troisième et 3 la quatrième. J’ai aussi relevé les doublons, les trajets tronqués et les lignes où le départ avait glissé de quelques rues. Ce suivi quotidien m’a montré plus vite que prévu où l’app me faisait gagner du temps et où elle me le reprenait.
Le premier raté clair, je l’ai vu devant mon immeuble, quand le départ a été pris au mauvais point et que la trace a repris 312 mètres plus loin en sortant du sous-sol. J’ai eu un autre faux trajet après un arrêt de 4 minutes, parce que l’app a cru à une vraie coupure de déplacement. Un même trajet est même passé deux fois dans mon registre, une fois automatiquement, une fois à la main. J’ai dû nettoyer la ligne en double avant export. Pas terrible. Vraiment pas terrible.
J’ai aussi regardé de près le comportement GPS dans une petite boucle de 7 mètres avant stabilisation, juste devant la porte du cabinet. En zone encaissée, l’écran faisait apparaître un point qui sautait d’un côté à l’autre, puis l’historique se cassait en deux segments. J’ai désactivé la capture automatique sur deux créneaux où le signal tombait à chaque passage sous le porche, puis j’ai saisi ces trajets à la main pour comparer. J’ai fini la journée avec une batterie tombée de 18 points, et j’ai noté que le téléphone tenait moins bien la charge quand la géolocalisation restait active jusqu’au soir.
Au bout de dix jours, j’ai vu où je gagnais vraiment du temps
Au bout de 10 jours, j’ai compris que le vrai gain apparaissait seulement quand les trajets restaient propres. Dans ce cas-là, mon contrôle tombait à 17 minutes par semaine, alors que je montais à 52 minutes dès que je repartais d’un tableau à reconstruire. J’ai obtenu ce gain surtout les jours où je faisais 6 rendez-vous sans passage en sous-sol. Dès que la trace GPS devenait bancale, je reperdais du temps en nettoyage.
J’ai aussi retrouvé des trajets que j’aurais laissés filer dans mon agenda papier. Sur les 4 semaines, j’ai récupéré 26 kilomètres de petits déplacements oubliés, surtout des allers-retours courts entre deux clients. Quand j’ai ouvert l’historique après une semaine, j’ai vu apparaître 3 trajets non notés, rangés sans que j’aie besoin de les reconstituer depuis mes notes. Ce soir-là, j’ai senti que je n’étais plus en train de courir après mes kilomètres.
Le moment le plus net, je l’ai eu un jeudi à 19 h 12, quand l’export PDF est sorti déjà classé par période, avec les dates, les kilomètres cumulés et le montant calculé ligne par ligne. J’ai aussi basculé en CSV pour vérifier que je pouvais réutiliser les données sans retaper le barème kilométrique. Avant le test, je passais par mon agenda, mon compteur et mes relevés bancaires, puis je faisais le tri à la main. Là, j’ai vu le dossier prêt en quelques secondes, et j’ai arrêté de chercher mes feuilles.
Ce qui m’a surpris en bien, c’est le temps caché que je perdais à classer les trajets sans m’en rendre compte. Je pensais être à jour, puis j’ai découvert que j’avais laissé passer 6 trajets courts sur une seule semaine. Le déclic n’a pas été spectaculaire. Il est venu quand j’ai comparé mon lundi d’avant et mon lundi d’après : je passais moins de temps à recoller les morceaux, et je faisais le point sans remonter toute la semaine.
J’ai compris ses limites le jour où j’ai laissé tourner sans regarder
Un matin très chargé, j’ai laissé la détection tourner sans ouvrir l’historique avant midi, et j’ai pris l’addition à la fin. Deux arrêts courts ont été pris pour de vrais trajets, ce qui m’a créé 4 lignes en trop dans le registre. J’ai perdu 23 minutes à supprimer les doublons et à remettre l’ordre dans les segments. Là, j’ai vu très clairement que l’automatique ne pardonne pas quand je la laisse seule trop longtemps.
J’ai retrouvé le même problème de fond dans les zones denses, avec une batterie qui chutait en arrière-plan et une trace hachée dès que je passais près d’un immeuble haut ou dans le sous-sol d’un client. Le point de départ mal accroché faussait ensuite tout le calcul du trajet, et je devais reprendre l’adresse de départ avant même de regarder le kilométrage. L’erreur de départ contamine le reste de la journée si je ne la vois pas tout de suite. Je n’ai pas cherché à me raconter autre chose.
J’ai donc pris une règle simple, née de ce que j’ai vu pendant le test : dès qu’un parking, un immeuble ou un sous-sol casse le signal, je coupe la capture et je saisis le trajet à la main. Je n’ai pas transformé ça en principe général. J’ai juste constaté que mes corrections étaient plus légères quand je faisais ce petit geste au bon moment. Quand j’ai laissé l’app décider seule, j’ai passé plus de temps à réparer qu’à enregistrer. Quand j’ai repris la main, l’historique respirait mieux.
J’ai aussi envisagé de tout saisir manuellement sur les trajets fragiles, ou de reporter l’export à la fin du mois, mais je n’ai pas trouvé ça aussi fluide. Le manuel me prenait plus de concentration, et je perdais le fil dès que j’avais trois rendez-vous dans la même journée. Pour une comptabilité simple de mes kilomètres, j’ai préféré l’automatisation quand le GPS tenait, puis la saisie ponctuelle quand il décroche. Pour un dossier fiscal plus pointu, je reste sur mon champ et je passe le relais à un expert-comptable.
Au bout de quatre semaines, voilà mon bilan sans détour
Au terme des 4 semaines, j’ai mesuré un gain net d’1 heure 18 par semaine quand mes trajets restaient propres et que je contrôlais le registre le soir même. Dès que j’ai laissé s’empiler les trajets hachés, les doublons et les erreurs de départ, ce gain s’est effondré et j’ai perdu jusqu’à 49 minutes à réparer. J’ai donc gardé une conclusion très simple : l’app me fait gagner du temps dans une ville normale, mais elle me le reprend dès que je la laisse dériver dans un sous-sol ou devant un immeuble qui coupe le signal. Je n’ai pas vu de magie, j’ai vu un outil qui marche à condition de rester attentif.
Mon verdict personnel, c’est que l’outil devient utile quand je regarde les trajets le soir même et quand je coupe la capture dans les zones qui décrochent. J’ai vraiment senti la différence entre une semaine où je corrigeais au fil de l’eau et une semaine où je repoussais tout au vendredi soir. Dans mon cabinet, avec mes 20 ans de pratique et mes cinquante clients annuels, j’aime bien ce qui me laisse un historique propre sans me faire refaire la même saisie deux fois. La CCI Rouen Normandie m’a servi de repère sur l’archivage, et je retrouve la même logique ici.
À Indigo Gare de Rouen, le test a été clair. Je garde l’app pour mes déplacements propres, je la coupe dès que le GPS commence à zigzaguer, et je ne lui demande pas ce qu’elle ne sait pas faire.

Je suis passionné par l’aide concrète aux indépendants, artisans et petites structures. Sur OMGA je partage des contenus clairs, pédagogiques et utiles pour mieux comprendre la gestion quotidienne : fiscalité, comptabilité, trésorerie et pilotage d’activité. Mon objectif est simple : rendre l’information compréhensible, sans jargon inutile.